Ludwigswinkel, les étangs

Allô Vlad ? C’est quoi ce bazar ? Comment ça quel bazar, tu as vu le coin de Ludwigswinkel ? C’est toi qui as envoyé un missile ? Non Vlad, non, tu me la fais pas à moi. Un peu trop de vodka, tu contrôles plus (et crois-moi je m’y connais) et hop tu as appuyé sur le bouton, non ?

Comment ça, « niet » ? Tu te rends compte de l’état de la forêt ? Des arbres déracinés, et pas des petits, des groupes d’arbres entiers au sol, des chemins impraticables, des branches partout, et tu veux me faire croire que t’y es pour rien ?

Parce que moi, là, je m’ébattais entre les collines, je folâtrais le long des étangs, je rêvassais sur les tapis de nénuphars sur lesquels je me reposerais en compagnie d’elfes peu vêtus, je laissais mon esprit vagabonder dans ces paysages de Canada ou de Dalécarlie, je sursautais à chaque bruissement dans un buisson (on se refait pas), je m’ébaubissais devant un tricératops que même dans mes nuits parfumées au single malt je n’imaginais pas rencontrer, je goûtais ce dimanche estival et toi, qu’est-ce que tu me fais ? Tu me transformes ce paradis en enfer ! Sacré Vlad !

Arrête de me dire « niet » que c’est pas toi ; qui d’autre pour un tel saccage ? Que quoi ? Que je lise un peu les nouvelles ? Que j’en profite parce qu’ici internet n’est pas verrouillé ? Alors attends, je vais sur SWR ou sur Die Rheinpfalz… Diantre ! Sacrebleu, il y a cinq jours dans la nuit, une tempête a sévi sur Ludwigswinkel, cinquante jeunes évacués d’un camping, des habitants fuyant leur domicile… Non Vlad, tu me promets que c’est pas toi ? C’est Dame Nature ?

Alors que nous, nous nous promenâmes innocemment ! Nous nous extasiâmes devant les étangs bucoliques, nous nous émerveillâmes face aux colonies de nénuphars, nous déjeunâmes dans une ambiance champêtre en butinant quelques mûres au passage. J’appréciai le moment, je me disais voilà, je suis là, je me détends, je m’étends devant l’étang, j’ai le temps même s’il y a des taons, et tant de choses à apprécier.

Alors Vlad, figure-toi que nous nous livrâmes à maintes acrobaties pour surmonter les obstacles, ces chênes ou ces pins et leurs branchages. Je dus lever la jambe maintes fois, puis je dus sentir entre mes pattes ces troncs raides et durs quand je les franchissais, je dus me râper les cuisses sur ces écorces impitoyables. Au point que nous dûmes renoncer à grimper au Lindelskopf tant les sentiers étaient encombrés. Et là mon canard, enfin Vlad plutôt, tu devineras pas la chute, non pas la mienne car je restai vaillante, non la chute de l’histoire. A cette fin, j’en reviens au début : parking condamné en raison de la Kirve, la fête foraine. Donc garement… garage… tiens on dit comment ? Garation ? Bref, rangement des voitures le long d’un trottoir, démarrage randonnée et au retour, mue par l’envie impérieuse d’absorber quelque liquide de préférence fermenté, j’emmenai le groupe à ladite fête foraine, donc au parking prévu mais non accessible, pour enfin y lire un panneau précisant qu’en raison de la tempête, les chemins de randonnée sont temporairement fermés ! T’y crois, toi ? Bon Vlad, en effet c’est pas ta faute, ce bordel mais quand même, fais gaffe quand tu manipules les boutons, hein, l’été est déjà assez rude comme ça !

Karina-Iris #ludwigswinkel #randonneegaylesbienne

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