Aubure et Saint-Alexis

Tout le monde connaît la légende épique de Sainte Karina-Iris chevauchant son poney à trois pattes en plein 7ème siècle pour aller porter à Byzance la bonne parole de Sœur Marie-Pamela de la Potentielle Frigidité. Ne disposant point de réserve suffisante de vin ou d’hydromel pour le parcours, elle distilla ce qu’elle trouva sur sa route, à savoir de l’anis. Aux Grecs lui demandant comment elle avait obtenu cela, elle répondit en bonne alsacienne « so ùn so », ce qui devint « ouzo ». Les Anatoliens le convertirent en raki, les Arabes en arak, et les Marseillais en Ricard.

Mais aujourd’hui ce qui t’intéresse, ô lecteur quelque peu égaré dans cette hagiographie méconnue, c’est Saint-Alexis, bien sûr, puisque nous partîmes cinq (et non cinq cents) d’Aubure et nous nous vîmes toujours cinq (et non trois mille) à l’auberge de Saint-Alexis pour un café gâteaux.

Faut que je te raconte l’histoire du Saint, même si je ne signerais pas un blanc seing quant à la véracité du truc, tu vas comprendre pourquoi. Figure-toi que deux siècles avant Sainte Karina-Iris, Alexis, fils d’un sénateur romain, doit se marier avec une romaine, pas la peine d’en faire tout une salade, jusque là rien d’exceptionnel. Sauf que le zigoto, il a peut-être mangé au festin, il a peut-être bu des vins rares, il a peut-être fumé des trucs, mais il a refusé de consommer la nuit de noces, alors que la belle lui était servie sur un plateau.

Je peux te dire que c’est pas à moi qu’il aurait fait le coup, l’Alex, moi je peux te garantir qu’il m’aurait consommée non mais des fois ! Moi j’aurais verrouillé la piaule et j’aurais avalé la clé, et maintenant au travail, chenapan !

Mais non, lui s’est enfui et a également mis le cap sur l’Anatolie, donc la Turquie actuelle, pour aller vivre une vie spirituelle, alors que moi je lui aurais offert une vie spiritueuse. Il te claque toute son oseille pour les pauvres d’Asie Mineure mais il était majeur, et préférait mendier, on pouvait rien faire. On sait pas si la belle tricotait des chaussettes pendant ce temps, mais elle semble pas non plus avoir produit des efforts titanesques pour le retrouver. Toujours est-il qu’au bout de dix-sept ans, notre Alexis décida de reprendre le bateau pour aller plus loin mais, étant aussi bon marin que moi toiletteuse de caniches bulgares à crinière, il se retrouva à Rome.

Et là, où est-ce qu’on le retrouve ? Crois-moi j’invente rien, on le retrouve sous l’escalier de la maison de ses géniteurs, à faire le mendiant sans qu’on le reconnaisse. Evidemment au temps des Romains, les opticiens n’existaient pas mais quand même ! Bref, il passa encore dix-sept ans sous son escalier, faisant la manche, priant dans les églises, se faisant jeter des ordures dessus, tout ça sans jamais frapper à la porte parentale et dire bonjour, c’est moi… Alors que s’il avait consommé sa nuit de noces, hein, il en serait pas là.

Sa vie s’acheva comme prévu, par sa mort, et c’est là que l’on découvrit sur lui un parchemin qui racontait son histoire. Et hop, le voilà devenu saint, avec des ailes, une auréole et tout !

Je sais pas, j’ai des doutes. Donc j’ai pris un café à Saint-Alexis, l’auberge, avant de reprendre ma balade qui m’avait déjà menée à la Roche du Tétras et au Koenigstuhl. Alors ce sont des rochers qui ont été… quoi « bip » ? Comment ça « bip » ? C’est fini ? Et je n’ai même pas pu parler des chèvres débroussailleuses qui… Et voilà, tu leur offres du culturel et on te laisse pas le temps de parler de la rando !

Karina-Iris #aubure #saintalexis #randonneegaylesbienne #rochetetras #koenigstuhl

Partager cet article