Alors que je m’emmêlais les lacets de mes chaussures au départ de la Bresse, j’ai eu des nouvelles du commissariat où ils retiennent ma sœur, Karina-Iris. En garde à vue, ils ont dû s’y mettre à deux pour pouvoir la voir en entier, et elle a refusé un avocat, par manque de confiance. Il était trop maigrichon. On m’a expliqué pourquoi y’a les pompiers : en fait la police a été forcée d’interrompre et d’évacuer le commissariat car voulant se refaire une beauté, si tant est que l’entreprise paraissait envisageable, ma sœur a confondu son flacon de parfum avec la bombe lacrymogène qu’elle trimballait.
Pendant ce temps, j’ai suivi Alsarando et Rando’s Lorraine dans une petite randonnée en commun à La Bresse. J’y ai croisé aucun nudiste et pour cause : tout ici est lié au textile qui a façonné l’histoire de la ville. Ça a commencé par les familles qui se sont mises à tisser à la maison, fallait sans doute occuper les soirées d’hiver, puis après 1830, l’eau des rivières a commencé à actionner des machines à tisser et à la fin du siècle, on a commencé à voir des usines avec les fameuses toitures à sheds. Ben si, les toits dentelés typiques, qu’en temps de brouillard, on dirait une procession de requins dont les ailerons émergent.
Alors moi si j’avais été industriel, j’aurais mis les vitres du toit côté sud. Eh non (ma sœur dirait : eh non, mon canard, mais j’ose pas le faire). Elles sont côté nord. Pourquoi, me demanderez-vous. Ah non, personne ne demande ? Bon je vous le dis quand même : c’est pour avoir une lumière plus homogène, moins directe, et sans que la chaleur entre !
Vous voyez, j’essaie de pas perdre le fil tout en vous embobinant dans des réalités architecturales ! Parce que oui, on suivait le Sentier du Textile et son logo, une bobine… Oui bon, ça tombe à plat, j’ai tenté des jeux de mots mais…
Bon. Après y’a eu la guerre de 39/45 et la politique de la terre brûlée par les Allemands en débâcle, puis la reconstruction, la modernisation tout ça et pan, après les années soixante, la concurrence chinoise et la reconversion partielle de La Bresse vers le tourisme… Mais oui mais c’est bien sûr, me disais bien que je connaissais La Bresse pour le ski, aussi ! Enfin du temps où y’avait de la neige. Oh mais j’ai bien écouté notre guide ! Je ne bavarde pas moi, pendant les explications, pas comme ma sœur !
D’ailleurs, j’apprends que pour se débarrasser d’elle, le commissaire l’a libérée et aurait promis d’appeler le président d’Alsarando pour qu’il n’y ait plus que des dénivelés négatifs dans les futures sorties. Histoire qu’elle n’ait pas manifesté pour rien.
J’espère qu’elle sera de retour pour la prochaine fois, parce que les comptes-rendus c’est pas trop mon truc, même si j’ai été content de vous écrire !
Kévinou-Gérard
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