Week-end J1 : autour de Remiremont

Hep les gens, c’est moi, Kévinou-Gérard. Faut que je vous raconte la journée parce que ma sœur Karina-Iris est occupée. Comme c’est la période des manifs, elle squatte devant le ministère de la randonnée. Toute seule, elle tient tête aux CRS qui n’arrivent pas à la contourner (question de gabarit), elle a une banderole avec côté face « le dénivelé m’a tuer », côté dos « marche ou grève », et elle hurle des trucs dans un micro. Ça sert à rien parce qu’elle a oublié d’amener des enceintes. En fait je les lui ai planquées pour lui éviter des emm… ennuis.

Je sais pas comment elle vous raconte d’habitude la journée, alors je commence par le début. On est partis du parking et on y est revenus, mais entre temps, on a vu des croix dont la plus jolie s’appelle la Croisette d’Herival, j’ai bien noté. Oui, ma sœur vous aurait prodigué un chapitre culturel, mais je sais pas faire, excusez. Après, c’était le refuge de la Beuille, avec un artiste qui exposait des photos en pleine nature. J’ai bien aimé.

Ensuite, y’a eu des étangs. Celui du Coké, celui de la Mollière, celui d’Hérival. Je me suis renseigné : un étang, c’est un truc avec de l’eau, plus grand qu’une mare et en général y’a pas de courant dedans. Plutôt des oiseaux. D’ailleurs à ce propos, je sais pas comment vous appeler. Pour ma sœur, vous êtes son canard, moi j’oserais pas, on se connaît pas encore assez. Comment vous interpellé-je ? Mon hibou ? Ma chouette ? Me permettrais-je tant de familiarités ?

A propos de l’étang de la Mollière, vous en faites pas, moi aussi je l’avais appris avec un seul « l » mais là y’en a deux. Ça peut toujours servir. A priori (suis fier d’utiliser une locution latine), ça vient du fait que la terre dans le coin est molle, spongieuse (savais pas, ça), et c’est devenu une mollière. Rien à voir donc avec l’autre et ses précieuses ridicules. Moi j’aurais bien aimé écrire « le randonneur imaginaire », mais j’avais pas la culture pour. Puis j’avais pas le sponsoring de Louis XIV dont je crois qu’il a détruit pas mal de châteaux-fort alsaciens.

On a pas fait les charlots sur la Route des Chalots, par contre on a vu… allez je m’aventure dans le passé pas simple : nous vîmes… C’est juste ? Non parce que si je me trompe, elle me passe un shampoing… Donc nous vîmes, c’est exact ? OK mais je ne sais plus ce que nous vîmes !

Plus loin, c’était mon premier prieuré. Je sais pas à quoi ça sert, mais c’est plutôt joli, en tous cas celui d’Hérival. Eh oui, ma sœur aurait su, elle, mais moi j’ai pris géographie en deuxième langue et je passais mon temps en rattrapage de mathématiques, alors l’histoire, j’avais pas le temps. Et j’ai arrêté à la table de deux parce qu’après, le truc de donner un chiffre au hasard, ça marchait plus du tout.

Et j’ai fini à Remiremont. Là j’ai appelé ma sœur qui entre un bouclier de plexiglas et un abribus en feu m’a décrypté que la bénédictine, c’est une liqueur qui tire à 40° et qui vient de Fécamp, alors je sais pas comment ça s’est retrouvé en abbaye dans les Vosges mais j’ai trouvé ça mignon. On demandera à ma sœur de confirmer, elle doit savoir. Elle sait tout, ma sœur, sauf ma recette pour distiller les goyaves quand c’est pas la saison.

D’ailleurs, on vient de me dire que Karina-Iris a été arrêtée pour avoir chaleureusement étreint de joie un CRS particulièrement poilu, mais les nouvelles sont rassurantes : il paraît que ce dernier va bien malgré trois côtes cassées et une trace de rouge à lèvres indélébile sur la joue.

Kévinou-Gérard

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