Sur les traces d’Oganga

Dans ma carrière de randonneuse par inadvertance, j’aurai subi toutes les perfidies. Les animateurs pervers m’ont fait patauger dans la boue, m’ont usée dans des montées inhumaines, ont tenté de m’immoler par les genoux dans des descentes précaires, ont voulu me transformer en serpillière lors d’averses dantesques, ont œuvré à mon dessèchement dans des contrées arides ou s’en s’ont pris à mes chevilles citadines dans des pierriers inhospitaliers.

Mais là à Gunsbach, là on a atteint un sommet. Pas un ballon, pas un pic, pas un Stein ou un Berg, non, un sommet de sadisme et de cruauté. Figure-toi, mon canard, que… J’ose même pas évoquer cette humiliation, cette détresse radicale… Figure-toi qu’on s’est tapés le sentier de l’eau, oui tu as bien lu, le sentier de l’eau ! Alors que la route des vins passe juste à côté !

Heureusement que le but de la balade était tout autre. Attends, j’enfourche mon style classieux parce qu’on va passer à la culture. Imagine, mon cher palmipède, que nous vagabondâmes dans les pas du grand Oganga, tels que les Gabonais surnommaient le Grand Blanc, Albert Schweitzer.

Musicien, philosophe, pasteur, écrivain, théologien, le plus célèbre des Alsaciens a démarré à trente ans des études de médecine et le voilà qui débarque en avril 1913 à Lambaréné. Entre parenthèses, moi tu me colles dans une pirogue, t’as intérêt à mettre trois africains à l’autre bout pour pas qu’elle bascule. Tu sais ce qui m’a frappée au musée ? Non ce n’était pas le guide du musée avec une tapette à mouches, ce sont les chaussures avec lesquelles le Berto est arrivé en Afrique, et que j’ai prises en photo. C’est ici tu vois, que j’ai été frappée (toujours pas par le guide) par une illumination. Me suis dit que là pour le Schweitzerou, c’était vraiment l’aventure au bout des chaussures ! Bon, il avait un casque colonial au lieu d’une casquette de rando.

Attends, je retourne en mode littéraire, vu qu’on sait jamais qui est susceptible de me lire. Nous nous aperçûmes que l’histoire du grand toubib contient aussi celle de sa région et de son époque. Allemand devenu Français, interdit d’exercer durant la Première Guerre Mondiale au Gabon alors colonie française, parce qu’Allemand, Nobel de la Paix, prix qu’il s’est empressé d’utiliser pour agrandir son hôpital, capable de converser avec son pélican Parsifal comme avec l’autre Albert, l’Einstein, pour lui dire que l’atome, il a des doutes…

Nous nous émûmes devant ses carnets de note, nous frissonnâmes à la vue des instruments médicaux de l’époque, nous imaginâmes notre Albert préféré assis au piano rapatrié du Gabon vers le musée, nous dérivâmes dans son sillage à la vue des cantines métalliques, nous lûmes nombre de ses pensées, nous achetâmes des livres, puis à la Maison du Fromage nous prîmes un café et une part de tarte à la santé éternelle de l’Alsacien.

Y’avait des tableaux, des sculptures, de l’Albert par ici, du Schweitzer par là, et des touristes pas seulement français, ça causait Allemand, Anglais, ou non identifié. Allez je t’en place une dernière ? Pas de touristes africains par contre, ils étaient aux gabonais absents ! OK, elle est usée celle-là mais j’ai pas pu résister.

Karina-Iris

#gunsbach #albertschweitzer #randonneegaylesbienne

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