Une voie ferrée en général, c’est plat. Alors quand j’ai vu rendez-vous gare de Gresswiller, j’étais confiante. Limite j’y allais en claquettes et les doigts dans le nez, ce qui entre nous n’est pas pratique quand tu tiens des bâtons de marche. La guide nous a fait le coup de la balade champêtre, il y avait même des chèvres pour faire plus vrai, et la chapelle Heilig Hiesel pour faire joli. Elle daterait de 1742, remerciement d’un notable strasbourgeois guéri sur place de sa paralysie… Figure-toi qu’en 1858 il était question de la détruire ! Mais elle a été restaurée plusieurs fois, dont la dernière en 1978.
Ça, c’était la partie bucolique pour mieux m’attirer dans les filets sournois de la balade car là, soudain, qu’est-ce que je vois devant moi ? Le début de la tragédie, la fin d’un monde, l’apocalypse verticale, l’escalier pour l’échafaud (bé oui, pas d’ascenseur en pleine nature) ! Je te le donne en mille et en petites coupures : the montée of the day ! Je ne pus prendre mon courage à deux mains vu qu’elles s’agrippaient déjà aux sangles du sac-à-dos !
T’as beau appeler le truc une descente inversée, un dénivelé contraire, ou un effet d’optique, tu pries pour que tes poumons suivent et que tes pieds ne se perdent pas en route.
Des petits malins me firent remarquer que la montée n’était qu’un problème de gravité inversement proportionnelle au carré de la cornemuse qui résulterait du produit de la pesanteur et de la calorie… Eh dis, oh, je conjecture là, ou tu viens de me traiter de grosse ? Attention à tes os, sale gosse, sinon je te cabosse, je te désosse d’un coup de crosse ! L’autre là qui sautille dans l’ascension sévère et qu’arrive avec même pas une goutte de sueur, aucun cheveu de travers, les doigts dans le… non le nez je l’ai dit. Alors fingers in the nose. Sans pitié le gars, pour moi randonneuse fortuite, trimeuse de l’élévation caillouteuse, suitante du dénivelé agressif… Va frimer, va. Moi aussi un jour je serai jeune et belle !
Enfin parvenue à la fontaine Laeger Brunnen, laquelle était aussi à sec que ma gargoulette, voilà qu’une étincelle de vie revint dans ma carcasse harassée lorsque nous sablâmes le champagne pour l’anniversaire de l’un de nos membres ! Ô divine surprise, ô quelle bonne idée de naître au mois de septembre ! Ô divin nectar revigorant ; j’en gambadai de joie, j’en concevais une motivation nouvelle et lorsque nous repartîmes dans la descente, je cabriolais au travers des prés et des champs. Jusqu’au drame final, style la grande scène de l’acte III.
Car c’est ici qu’une chèvre avait eu la bonne idée de déposer quelques crottes soigneusement disposées sur le chemin. Dans une peu harmonieuse manœuvre d’évitement, je dérapai sur une pierre mal arrimée ce qui propulsa ma carlingue sursollicitée contre une clôture électrique. Un éclair non pas de lucidité mais de 4000 volts me parcourut la couenne, engendrant à la fois un hululement suraigu, le mien, et un beuglement convaincu, celui de la vache soudain libre qui se mit à détaler en écrasant au passage un lièvre et deux limaces avant de faire dévier de sa course une moissonneuse-batteuse de maïs…
Et moi, assise là, encore tout électrifiée, je m’aperçus que sous mon séant collait une matière visqueuse et fort odorante que ladite vache venait de larguer avant sa fuite. Va expliquer la chose à ton covoitureur maintenant, ma grande ! Ainsi, debout dans le TER, je constatai que le contrôleur parcourait les lieux à une vitesse olympique sans rien contrôler du tout, ses doigts en pinces sur son nez. Dommage, il me plaisait bien celui-là !
Karina-Iris
#gresswiller #heilighiesel #laegerbrunnen #randonneegaylesbienne































