Infirmier ! Hep jeune homme ! J’ai soif ! Ben ça fait une heure que je suis à marée basse et… Non pas de l’eau, plutôt un truc pour adulte, un revigorant. Du fermenté, quoi ! Je suis aux urgences, et alors ? J’ai justement un besoin urgent de bière ! Bon je ponds mon compte-rendu et on règlera les nôtres, de comptes.
Alors toi mon canard, sache qu’aujourd’hui j’ai marché autour de Meisenthal, en Moselle. Ce qui m’a amenée aux urgences. Tu vas savoir pourquoi.
Pour débuter, nous apprîmes que Saint-Louis-les-Bitche fut fondée en 1586 autour de sa cristallerie qui s’y installait. Nous relevâmes que la Moselle proposait du sable, de l’eau, du bois, tout pour plaire aux verriers. Nous mémorisâmes que le village fut ainsi nommé en hommage à Louis IX puis nous traversâmes Goetzenbruck dont le nom serait celui d’un ensemble de rondins permettant de franchir un marécage. Nous y découvrîmes la Chapelle des Verriers qui ne se visite plus puis nous mîmes le cap sur la forêt pour retrouver l’ombre bienfaitrice.
Infirmier ! Elle vient, cette canette ? Je peux pas la chercher, j’ai des tuyaux de partout !
Alors on en était où, nous ? Ah oui, dans la forêt, vers la Pierre des Douze Apôtres. Imagine que ce rocher date des druides, qu’il aurait été recyclé comme tombe d’un gradé païen avant de devenir chrétien et d’être rehaussé par des statues des apôtres vers 1787. Accessoirement, ça fait aussi limite entre le Bas-Rhin et la Moselle, au cas où t’aurais loupé le panneau routier.
Infirmier ! Mais il est passé où encore, je me lyophilise, moi, sur mon brancard ! Je ressens une insupportable aridité pharyngée !
Bon, je reviens à toi, lecteur sceptique. De retour à Meisenthal, ce qui était pratique vu que nos voitures s’y trouvaient, nous nous rendîmes au CIAV (le Centre Verrier). T’affole pas ma poule, je t’explique. C’est en 1704 que la Verrerie a démarré à Meisenthal. Et c’est en 1969, année maudite, qu’elle a fermé après avoir un temps été qualifiée de berceau de l’Art Nouveau. Neuf ans plus tard, voilà qu’y ouvre le Musée du Verre, puis en 1992, le CIAV : musée, petite salle de spectacle et, plus intéressant : un bar ! Je te conseille le musée parce c’est des vraies œuvres d’art qui te changent de ton gobelet de randonnée. Et j’ai bien aimé les créations d’Eugène Kremer, mazette, quel talent ce type !
Et en fin de visite, voilà les souffleurs de verre à l’œuvre. Ils devaient un peu se sentir au zoo, avec tous les touristes autour, mais ils étaient mignons alors je me lassais pas du spectacle. Regarde les photos, tu me donneras ton avis. Me demande pas comment ils réussissent à faire des objets en verre à partir d’une boule à près de 1000 °C, j’ai pas tout compris, je regardais plutôt les formes des jeunes verriers. Au point qu’ils ont dû me remarquer puisqu’ils m’ont proposé d’essayer. En moins de temps qu’il t’en faut pour venir critiquer mes récits, voilà qu’ils me collent en mains une canne avec une sorte de ballon incandescent au bout. C’est là que ça a foiré.
On m’a collé ce long truc à la bouche et moi, réflexe, je fais quoi ? Ben j’aspire ; logique. La suite je m’en souviens plus trop. Pompiers (charmants), pales d’hélico au-dessus de moi, CHU, et là depuis deux heures je dessèche.
Infirmier ! Ramesh ! C’est bien votre prénom marqué là ? Ça vient d’où, ça ? Du Népal ? Ben ils ont de la bière là-bas, non ? La Gorkha… Si, si, me contredisez pas, vous avez affaire à une spécialiste. Normalement, les urgences c’est fait pour y survivre, non ? Pas pour s’y déshydrater.
Ah non, pas de verre, j’ai eu ma dose. Un gobelet plastique, ce sera parfait. C’est pas de la bière, ça, ça pue. C’est quoi ? Un sédat… Un séd… Un s… zzzzzzz
Karina-Iris
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