On aurait pu buller à l’auberge de jeunesse de Rottweil mais non. Il a fallu qu’on randonne au départ de Bräunligen, à travers les champs et les forêts, pour aller observer à Donaueschingen l’autre source officielle du Danube puis le confluent de la Brisach et de la Breg. Mais mon canard, c’est pas n’importe quel confluent ! C’est la naissance officielle du Danube qu’on va retrouver 2700 kilomètres plus loin dans la Mer Noire. Que te raconter qui n’a pas déjà été narré par les historiens, poété par les rimeurs, décortiqué par les mysticistes ? Oui il y a la légende de la jeune fille Donau (parce que Danube en Allemand est un nom féminin) que l’on retrouve dans les bras de la déesse Baar. Mais personne n’a jamais relaté la guerre de la friture qui eut lieu ici dès lors que les deux rivières se rencontrèrent. C’est ta rédactrice décérébrée qui s’y colle en exclusivité.
Car la Breg rejoignant la Brigach pour former le Danube, cela déclencha évidemment la guerre piscicole la plus destructrice de l’histoire écaillère. Je t’explique. Tout a commencé le jour où un brochet breggois a fait une quenelle à une anguille brisachoise qui est tout de suite partie en vrille. Ce dont découla une réaction muette de la métacarpe (la carpe virtuelle du coin) et suffit à la truite pour avoir une fuite alors que le trop con saumon ne comprenait toujours pas qu’il était plus facile de descendre une rivière que de la remonter. L’on remarqua un sandre perché et une perche plutôt tendue, ce qui détermina en résumé que la guerre de la baudroie n’aurait pas eu lieu si une morue venue en touriste n’avait pas excité un colin maillard égaré.
Les hostilités poiscailleuses n’épargnèrent ni les brèmes blêmes et encore moins les goujats goujons, alors que les tanches peu étanches écorchaient les pliures des silures. Les ombles, un comble, effilochaient les loches, le carnage était total. Les coups de queue étaient… Enfin les coups d’appendices caudaux étaient bas, les insultes telles que « poisson d’eau douce » ou « ablette de caniveau » alternaient avec les branchies déchirées. C’était une hécatombe alluviale, un génocide hydrographique, un holocauste halieutique, voire même un massacre cyprin.
Les plus rustiques ne s’en sortirent pas trop mal, clamant haut et fort « on n’est pas des dorades en rade quand même » alors que les plus délicats susurraient en faisant la théière avec une nageoire « ciel, je me suis encore froissé une écaille ».
Ce conflit fluvial prit fin lorsque les protagonistes se retrouvèrent dans l’épuisette de mon frère Kévinou-Gérard qui n’embroche au bout de son hameçon que des vers tirés du nez, ou le dimanche, extraits de quelques poèmes.
Voilà pour notre journée que nous conclûmes par un apéro de céréales distillées vu qu’en cette période de sécheresse, ne voulant pas réveiller la guerre poissonnière, nous choisîmes d’économiser l’eau. Nous achevâmes la journée à l’AJ de Rottweil, guettant une nouvelle fois le canidé toujours partant pour une pub de dentifrice et admirâmes une œuvre d’un peintre inconnu exposée dans le réfectoire. Nous eûmes une parfaite vision de Frida Kahlo avec des pompons de Forêt-Noire suggérés dans l’œuvre. Moi j’en fus tout émue. Même que j’ai avalé ma bière de travers. Respect Frida.
Karina-Iris
#donaueschingen #danube #randonneegaylesbienne







































