On aurait pu aller à Sancerre, à Nuits-Saint-Georges, ou encore faire une grande vadrouille à Meursault (t’as la référence ou pas ?). Non, on est chez Alsarando, alors on est allés à Schönwald-im-Schwarzwald. Tu connais pas ? Tu prends trois pompons rouges, une église, un parking et de la pub pour de la bière, tu y es. A ce stade, je me disais qu’on pouvait encore sauver la journée. Visiter un vignoble, goûter un Spätburgunder (Saint-Emilion pardonnez-moi car je ne sais plus ce que je bois), s’enhardir dans un riesling local, ou à défaut, visiter une brasserie.
Me suis méfiée quand on a commencé à galérer dans… Non pardon, je reprends parce que faut vendre la chose : nous démarrâmes par une côte champêtre qui nous introduisit rapidement dans une forêt rafraîchissante, peuplée de pins odorants et de hêtres ou pas hêtres après tout, peut-être étaient-ce des chênes, or il n’y avait pas de plaisir, alors nous nous rabattîmes sur des charmes pudiques face aux châtaigniers non teigneux.
Bref mon canard, j’ai compris ma douleur quand l’animateur tout fier de nous faire suer plus qu’on pouvait boire, nous a annoncés qu’on allait entamer la montée vers une des sources du Danube, avec l’air ahuri du cornichon qui sortirait du vinaigre pour te traiter de cerise confite. Donc je récapitule : je me lève aux aurores que c’est même moi qu’ai réveillé le coq du quartier, je sacrifie un enterrement de vie de vieille fille (enfin une crémation plutôt), je rate un Columbo palpitant où pour une fois j’avais deviné l’assassin dès le début, je me couche tôt mon commandant, et résultat des courses ? On me promet de la flotte !
Alors je vais te dire moi, le Danube, comment dire… je m’en bats les… Ben j’ai rien que je peux m’en battre mais t’as compris le message, si tu veux le Danube, il coule, il ondule, il valse en bleu, il défile en canyons, il vit sa vie mais quand je vois le filet d’eau qu’arrive même pas à remplir ma gourde à la source, c’était quand même pas la peine d’en faire une valse. Je sais pas à quoi il ressemble à Vienne, à Bratislava, à Budapest ou à Belgrade, mais chat noir, chat blanc (cherche la référence), ici on dirait le Dieu Danuvius qu’aurait la miction contrariée. En deux mots, voilà la source de la Breg, qui deviendra plus tard le Danube mais on verra ça demain.
Je te passe le lot de chapelles, Saint-Martin et la Pius Kapelle, que je me demande comment en 1954 on peut baptiser une chapelle d’un nom de voiture japonaise, mais j’ai bien aimé ses vitraux tout dans les dégradés. A peine remise de mes émotions eucharistiques, voilà la remontée et ô miracle qui se produit souvent en fin de randonnée, le parking et cette invention formidable qui contient mes baskets : la voiture !
Direction l’auberge de jeunesse, à Rottweil où l’on a inventé une machine de guerre sur pattes. Tu commences par entendre une truffe hargneuse, puis tu aperçois deux rangées de dents dignes de Clébaric Park, derrière tu entrevois deux missiles noirs qui servent d’yeux et au sommet deux draps noirs qui retombent comme des glaciers caniculés en guise d’oreilles. Un paquet de muscles carnivores enrobés de fauve et de noir. Si tu croises le truc, c’est que t’as affaire à un rottweiler et qu’il vaut mieux savoir courir plus vite que lui sous peine de finir en kit au rayon randonnée chez Ikéa.
Voilà donc pour ma découverte de la source de la Breg qui finira un jour ou l’autre par devenir le Danube et s’échouer dans la Mer Noire. Quand je pense que le petit pissou houblonneux que j’ai produit dans le pré à côté finira par voguer devant Istanbul, ça me fait tout drôle !
Karina-Iris
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