L’Alsazonie, tu connais ? Je t’explique. En septembre, c’est un coin vers Pourtalès qui fait un peu Amazonie mais sans la chaleur tropicale. Avec les moustiques certes, les petits vicieux qui te pompent le sang dès que tu t’arrêtes une seconde. Mais d’abord je te fais la culture comme ça c’est réglé.
On est partis du… Ah non attends, faut que je passe en mode gratte-papier guindé. Donc nous démarrâmes du château de Pourtalès édifié au XVIIIème siècle en style classique et qui rayonna entre France et Allemagne avec la comtesse Mélanie de Pourtalès un siècle plus tard. La miss s’appelait Louise Sophie Mélanie Renouard de Bussière, ce qui fait que pour tout caser, elle avait sûrement un passeport format horizontal. Moi mes géniteurs m’ont pas baptisée Karina-Iris Cunégonde Fridola Olympe De Cognac de Pamelonie Transversale, et j’en suis bien contente.
Je t’en reviens à notre balade du jour. De là nous parcourûmes l’Alsazonie en claquant au passage deux ou trois moustiques belliqueux de la taille d’une guêpe. Ça s’appelle une forêt périurbaine et j’aurais pas trempé un seul orteil dans la flotte d’où nous craignîmes de voir surgir à tout moment un gavial affamé quoique cela ne ressemblât point aux Indes. Bon alors un alligator boulimique ? Ah non ça c’est chez les Américains ? Reste quoi alors ? Un caïman vorace, ça aurait de l’allure ça, non ? Non plus… De toute manière, la bestiole, c’est un dentier préhistorique sur pattes qui n’a qu’une seule obsession, te croquer. C’est pour ça qu’en Alsace, on appelle ça un grogodill, dont j’aurais pas été étonnée qu’il fasse un surgissement. L’ambiance y était avec en plus les moustiques grands comme un doigt.
Je poussai la curiosité jusqu’à vérifier sous l’eau pour t’en ramener des photos, et j’y allai sans bouteilles (je préfère les déguster sur la terre ferme).
Ensuite, nous affrontâmes la redoutable cascade vers le Rohrkopf qui est un Niagara local, du moins pour les moustiques grands comme deux doigts qui y pullulent. Imagine des trombes d’eau qui dégringolent dans un vacarme démoniaque d’une hauteur dantesque, dont le souffle te propulse humidement en arrière. Tu l’imagines bien, là ? Ben c’est pas ça du tout. Même pas une montagne russe pour cygnes mais avoue que t’y as cru ! Hein ? Non ? Trouble-fête, va !
Alors tu vas t’entortiller les palmes, mon canard mais j’ai appris un mot nouveau sur un panneau explicatif. Hé oui, même moi ça m’arrive encore, c’est dire. Alors je te le donne, le voilà : un protiste.
Oui servi brut comme ça, ça surprend. Cherche pas ton dico, il te sert à caler ta commode, je te dis tout. A première vue tu verrais quoi ? Moi je pensais à un adepte d’une secte américaine. Ou alors quelque chose dans le médical, ah non ça c’est un prothésiste. Eventuellement quelqu’un qui serait en faveur des tistes, mais je sais pas ce qu’est un tiste… Bref, on est pas sortis de la ferme-auberge. Comme je suis ta rédactrice sérieuse et disciplinée, je te dis tout. C’est un organisme eucaryote qui n’est ni un animal, ni un champignon, ni une plante. Bon. Voilà. Et maintenant on fait quoi ?
C’est un caillou ? Je sais pas, c’est peut-être un extraterrestre. Ou un… Pardon ? T’as regardé sur Google ? Alors ? Tu dis que ça vit dans l’eau et que ça comprend notamment les amibes ? Et eucaryote alors, c’est un courant religieux ? C’est quoi tu dis ? Un organisme vivant qui a un noyau et des organites délimités par des membranes ? Et donc tu m’expliques ce qu’est un organite ? C’est un mec qui fait de la musique ?
Non plus ? C’est un truc qui se trouve dans le cytoplasme de… Stop ! Halte, je capitule. Je m’incline ce qui m’arrange bien pour défaire mes chaussures. Je dépose les armes, je saisis une bière et je trinque à notre association, et dans ce cas-là on dit quoi tout en aplatissant un moustique gros comme une main ? Protiste ! Euh non… Prosit !
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