Mummelsee et Hornisgrinde

Un oiseau ouvre ce récit. Car figure-toi, ô lectrice chevronnée, ô lecteur malmené, qu’une cigogne kamikaze a saboté la caténaire du train dans lequel devaient arriver nos organisateurs, Uferlos, depuis Karlsruhe. D’où changement de train et de bus, puis retard. Mais ne crois pas que je vais enchaîner les noms d’oiseau, je ne céderai pas à cette facilité.

Pour ne pas être les dindons de la farce, nous… Ah mince, désolé, ça m’a échappé. N’empêche que nous mîmes donc cela à profit pour prendre un café au chaud. En prévision de la journée, j’avais en effet enrichi mon vocabulaire allemand de survie. Après Schnaps, Bier, Wein, j’ai ajouté Kaffee Kuchen, donc café gâteau. Nous appréciâmes cette manière de démarrer la journée, nous attendîmes nos hôtes et nous démarrâmes la randonnée par un Anstieg. Même en Allemand, ça fait peur : une montée !

Une fois arrivés sur la Hornisgrinde, nous fûmes subjugués par la chouette vue… Ah non mince… Par la superbe vue sur la Forêt-Noire et la Plaine Rhénane. De mon côté j’étais motivée : il ne restait plus qu’à trouver le gâteau allant avec le café. A 1163 mètres, nous ascensionnâmes la tour de la Hornisgrinde haute de 23 mètres. Construite en 1910, elle fut évidemment utilisée par la Luftwaffe pendant la guerre et plus étonnant, occupée par les Français de 1945 jusqu’en 1994, sachant que la zone tout autour était interdite ! T’imagines un peu ? Ils y exerçaient leurs yeux de faucons(zut, m’a échappé, celui-là) et utilisaient une table d’écoute.

Remarque, depuis 73 t’as un marathon qui passe par le sommet. L’impression de voir filer des autruches coureuses devant moi bécasse éreintée par la grimpette.

Puis nous découvrîmes la Bismarckturm construite en 1840 comme tour de signalisation. Genre t’es arrivée ma grande, y’a pas plus haut dans le nord de la Forêt-Noire ! En vrai, elle faisait partie d’un réseau de tours portant le nom du chancelier. Bon la culture, ça va deux minutes, si on passait aux choses fondamentales maintenant : le gâteau !

Encore un truc, sache que le Mummelsee abrite le palais de cristal du Roi du Mummelsee. Il s’est entouré de sirènes qui ont le droit de monter à la surface la nuit, à condition de replonger avant l’aube. Evidemment, une de ces gourdasses (j’ai pas mis pintades) a tellement dansé avec un villageois qu’elle en a oublié l’heure ! Et hop, tout le monde est puni !

Comme c’est vachement culturel aujourd’hui, nous foulâmes aussi la Pierre des Trois Princes, délimitant les territoire d’un prince, d’un margrave et d’un grand-duc. Pas ma faute s’il porte un nom d’oiseau celui-là !

Et enfin, une chapelle, ça te manquait ça, une petite chapelle, non ? Toute mignonne au fond des bois ! Bé non, la chapelle Saint-Michel date de 1971. Elle est censée évoquer l’architecture traditionnelle de la Forêt-Noire. Bon. Ma foi. Après deux bières (qui je rappelle font ici 50 cl minimum), on peut commencer à admettre qu’il y a une sorte de tourelle, un toit plutôt bas, et après la troisième bière de toute manière, tu ronfles déjà dans la voiture.

C’est l’intérieur qui vaut le détour, avec ses vitraux bleus et rouges. L’avantage avec l’art contemporain, c’est que tu peux imaginer plein de formes différentes. Celles que je vois moi, c’est pas forcément les mêmes que la majorité des gens et je peux pas les décrire ici, parce qu’on sait jamais qui me lit, alors… Eh ! Oh ! Mais c’est quoi le bazar, là ? On prend pas un pot final ? Comment ça, il fait froid ? 4°C, les Sibériens sont morts de rire et les Sibériennes se mettent en bikini ! Oh mais… Ils ont déjà changé de chaussures, j’y crois pas ! Et le Kuchen alors ? C’est bien beau le café, mais le gâteau ? Je l’attends depuis ce matin, moi !

Alors, dévastée telle une vieille poule plumée, j’admire le magnifique ciel d’automne qui mystifie les sommets lointains et embrase les nuages sur la plaine d’une lumière surnaturelle. Oui, en changeant de godillots, j’ai eu envie de poéter dans le vent. C’est toujours plus sympa que de poéter dans la voiture, vue que les covoitureurs n’apprécient pas trop, ils préfèrent se concentrer sur la route.

Et c’est là qu’un oiseau ferme ce récit. Ruminant mon gâteau inaccompli, eh bien comme l’autre célèbre corbeau, je jurai mais un peu tard, qu’on ne m’y prendrait plus. Enfin jusqu’à la prochaine fois, mon canard !

Karina-Iris

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