Ettlingen et le Rimmelsbacher Hof

Vaillante dans les éléments déchaînés, gaillarde dans la tempête féroce, intrépide sous l’orage assourdissant, hardie aventurière des torrents de boue, héroïque randonneuse bombardée de grelons colossaux, téméraire malgré les trombes d’eau, je bravai l’ascension vers le Rimmelsbacher Hof, mue seulement par la perspective de la Pilz qui m’y attendait.

Quoi, j’exagère ? T’y étais, toi ? Bon OK c’était juste l’automne, un banal temps frais et humide, mais avoue que ça impressionne moins, non ? Aucune poésie, pas un brin de rêve, rien, l’autre là il veut juste son compte-rendu barbant. Ben je sais pas moi, lis la notice de ton four, ou celle de ton nouveau médicament, mais laisse-moi écrire tranquille !

Allez go. Nous quittâmes Ettlingen dans une humidité tout automnale et baguenaudâmes dans la forêt qui propulsait sur nos organismes affamés des gouttes d’eau fraîche. Nous affectionnâmes la montée douce et régulière, et si t’attends un « nous kiffâmes », tu peux commander une place assise vu que tu risques d’attendre longtemps, mon canard. Jamais je n’utilise ces locutions profanes, tu devrais le savoir.

Et soudain nous mirageâmes dans la brume. Tu dis ? J’invente des verbes ? Bah s’ils n’existent pas, que veux-tu que je fasse ? Faut bien que je me débrouille ! Bon alors nous aperçûmes tel un mirage, une auberge affleurer dans la brume brouillardante. Un peu comme un mirage, quoi. Moui, moins joli, dit comme ça.

C’était le Rimmelsbacher Waldgasthaus où nous nous hâtâmes de commander une Pilz, c’est-à-dire une bière. Et je te rappelle qu’en Allemagne, pays où on sait vivre, la bière arrive directement en 50 cl, pas en petits contenants que tu as vidés avant même d’avoir enlevé ta veste. Puis arriva la merveille du jour : le Schnitzel. En gros, une escalope de porc panée très fine dont l’aspect évoque un peu une semelle pointure 52. Lorsque tu soulèves la chose, tu découvres les fameuses « Pommèss », c’est-à-dire les frites, et à côté t’attend une salade qui s’ennuie un peu mais tu la consommes parce que ça te donne bonne conscience.

Apprends aussi, ô lectrice acharnée, ô lecteur chevronné, que si jamais tu commandes de la dinde, la serveuse ne se sentira pas insultée bien que tu t’apprêtes à lui commander de la « poute ». Qui sur la carte s’écrit sans le « o ».  Râle pas, c’est pas moi qu’ai inventé la langue de Derrick.

Et puis je suis pas non plus un dico franco-allemand sur pattes, donc on repart direction Schluttenbach et son tilleul de 937. T’imagines qu’il a démarré sa vie trois siècles après Sainte-Karina-Iris ? Ensuite, ça a été un circuit botanique où j’ai découvert un truc qui s’appelle le plaintain lancéolé. Me demande pas à quoi ça sert, aucune idée. Ça me laisse froid, ou peu m’en chaut, mon pingouin, comme tu préfères.

En fin de parcours, ça a été un festival de champignons mais vu que j’y connais rien, j’ai juste pris des photos. Si c’est pour en consommer et vomir le Schnitzel de midi, non merci. Voilà, t’en sais autant que moi, maintenant, donc pas grand-chose. Je te laisse, je vais à la piscine après ma suspension de trois mois. Tout ça parce que la dernière fois j’avais emmené une canne à pêche pour tenter d’attraper un des jeunes nageurs, vraiment, ils sont pas arrangeants !

Karina-Iris

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