J’t’ai manqué ? Bah au moins fais-le moi savoir. Ça m’f’ra plaisir. Bon, je t’explique ma poule, en fait, j’étais… quoi ? comment ça pas le bon volatile ? Tu t’étonnes ensuite que j’en ai ras la patate ? On s’en fout de l’oiseau que tu cherches, c’est juste un truc à plumes, et pas un truc en plumes.
Du coup me revoilà, hélas, faut bien que je mange alors je fais pigiste. Remarque, je mange pas plus que ça mais… hein ? Ça se voit pas que je mange pas tant que ça ? Toi, tu files un mauvais nylon mon dindon, parce que là… Quoi, toujours pas le bon volatile ? Quel volatile ? Bon, je peux le démarrer mon compte-rendu ou on attend demain que tu sois au boulot ?
Alors me voilà exceptionnellement présente pour faire le boulot vu que si je suis pas là, ça pleurniche, ça geint, ça pond des larmes, ça implore presque. Parfois ça se sent soulagé(e) aussi mais bon, aussi ça critique, ça trouve le truc long, ça se plaint, quoi. Bon alors aujourd’hui, je me suis coltiné le sommet du Kochersberg. Tu m’aurais vue avec mes crampons, mon masque à oxygène, mes deux bouteilles (non ! D’oxygène, mauvaise langue !), mes épaisseurs style oignon qui sait pas quelle couche il doit enlever, bref, j’étais préparée, entraînée vu que j’ai pas pris l’ascenseur pour rentrer chez moi (j’ai escaladé les câbles parce que l’escalier était en panne), et je me suis présentée à Wintzenheim-Kochersberg pleine d’énergie, euphorique, bouillante, armée face à la difficulté et là l’animateur m’a annoncé le truc. Avec une voix entraînante façon escargot qui t’annonce son prochain accouplement, il est tout fier de nous dire qu’on va grimper le Mont Kochersberg.
Cool, je me dis. Je m’exerce, j’aligne mon pas, je régule mon souffle et tout à coup, je me retrouve face au télégraphe Chappe. Oui c’était l’internet de 1792, on dépassait largement la vitesse des chevaux. Oui j’avais l’air conne avec mon masque à oxygène et j’ai carrément craché mes poumons quand on m’a annoncé qu’on était à 302 mètres d’altitude ! Non mais là, ma caille, je suis totalem… hein ? Quoi le volatile ? Alors on a vu des oies à Ittlenheim, enfin après les avoir entendues, et elles battaient des ailes style je vais t’empêcher d’aller envahir leur étang. Tu penses, Clémence, moi je pensais qu’à retrouver ma voiture et à me mettre au sec après un après-midi sous la pluie. Oui je sais, on peut aussi mettre « une » après-midi sous la pluie. Alors je mets les deux.
Donc voilà, Wintzenheim-Kochersberg, le Mont Kochersberg et sa station de télégraphe Chappe, puis Neugartheim (que je savais point que ça existât), et Ittlenheim. Bon, j’attends tes acclamations pour mon retour, même si tu vas en prendre plein la tête, mon canard !
Karina-Iris




















