Week-end J1 : du boulaouane à Sidi-Brahim

Tu me colles Sidi Brahim dans l’oreille, ça me résonne pas comme un grand moment militaire vu qu’on a perdu la bataille. Mais c’est exotique alors je m’apprêtai, je me fis belle (shut up !), je me parfumai, me pomponnai car je m’attendais à trouver là-haut un Spahi Tunisien égaré dans les Vosges, un Tirailleur Sénégalais déboussolé, un Marsouin Gabonais et frigorifié, un Goumier Marocain en panne de GPS, un Turcos Algérien aux prises avec la carte IGN, un Bigor Centrafricain qui aurait perdu le sud, un Ivoirien myope, ou un Togolais assez beau. Peut-être même un Béninois aux abois ou un Nigérien qu’a rien.

Penses-tu ! Ma robe à froufrous s’est défroufroutée, mes talons aiguilles ont juste gardé leurs crampons de marche, mon chapeau à fleurs s’est défloré, mes mains pleines de présents se sont retrouvées armées de bâtons de marche, le rêve s’évaporait comme la sueur de mon t-shirt ; adieu rencontres viriles, allô Boston j’ai un problème, retour sur Terre pour la fleur bleue qui se fanait en moi.

Tu sais ce qu’ils ont mis là-haut ? Une stèle ! Alors on t’allume comme une vieille chandelle dont on aurait vendu la mèche, on t’appâte comme une souris au sortir d’une diète, on te fait miroiter des musculeux soldats de couleur, et tu te retrouves avec un caillou devant toi, non pas pour commémorer la bataille de 1845, mais le courage des Diables Bleus, valeureux 7ème bataillon de Chasseurs Alpins en 1915. Bon, ils le méritaient bien, faut dire, mais quand même…

Dès lors, pour noyer cette frustration, la tentation eût pu être grande que nous ouvrissions une bouteille du fameux vin de Sidi Brahim, ce qui eût par ailleurs constitué une sorte de commémoration maison.

Mais nous décidâmes de rester raisonnables. Nous réfléchîmes à prier pour tous ces soldats, nous songeâmes à déposer quelques fleurs, nous envisageâmes même d’allumer des petites bougies, mais aucune de ces options ne nous satisfit. C’est alors qu’une idée lumineuse me prit sournoisement au détour d’un titillement papillaire. Le seul hommage digne étant de trinquer à la santé des preux défenseurs de la République, et étant résolus à ne pas toucher à un seul verre de Sidi Brahim, nous dégustâmes du vin de Boulaouane dans des gobelets tout en goûtant du cake tunisien.

Fallait bien se mettre en jambes pour la soirée anniversaire qui allait suivre. Enfin en jambes, je m’entends (hélas). Je dirais, se préparer le gosier !

Karina-Iris #sidibrahim #anniversairealsarando #randonneegaylesbienne

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